La lettre de motivation est-elle encore utile ?

Illustration vectorielle en flat design de style éditorial contemporain. À gauche, une petite silhouette violette vue de trois quarts dos observe une grande feuille blanche verticale située à droite. En bas de cette feuille, trois courtes lignes horizontales sont tracées, dont une jaune vif au centre. L'arrière-plan combine blanc cassé et aplat violet clair.

La question revient à chaque candidature, et elle est rarement tranchée : la lettre de motivation est-elle encore utile ? Certaines offres la réclament, d’autres n’en parlent pas, quelques-unes la remplacent par trois questions dans un formulaire. Face à cette incohérence, la plupart des candidats font l’une des deux erreurs qui coûtent le plus cher : écrire la même lettre pour tout le monde, ou ne plus rien écrire du tout.

Ce qui a changé, et ce qui n'a pas changé

Ce qui a changé, c’est le statut de l’exercice. La lettre a longtemps été une pièce obligatoire du dossier, au même titre que le CV, et sa forme était codifiée jusqu’à la formule de politesse. Elle ne l’est plus : beaucoup d’entreprises ne la demandent pas, et certaines l’ont explicitement retirée de leur processus.

Ce qui n’a pas changé, c’est le besoin auquel elle répondait. Un CV dit ce que vous avez fait. Il ne dit pas pourquoi cette offre-là plutôt qu’une autre, ni ce que vous êtes venu chercher. Cette information manque toujours, et quand la lettre disparaît sans que rien ne la remplace, elle manque simplement ailleurs — le plus souvent en entretien, où il faut alors la reconstituer à chaud.

Quand la lettre de motivation ne sert à rien

Soyons précis, parce que la réponse générale n’aide personne. Une lettre ne sert à rien dans trois cas de figure, et il vaut mieux ne pas l’écrire que l’écrire mal.

Le premier est la lettre générique. Si votre texte pourrait être envoyé à n’importe quelle entreprise du secteur en changeant le nom, il ne dit rien de vous et le recruteur le voit à la première phrase. Le deuxième est la lettre qui paraphrase le CV, celle qui reprend en prose la liste des postes occupés : elle demande un effort de lecture sans rien ajouter. Le troisième est la lettre écrite alors que l’offre ne la demande pas et que le formulaire n’en prévoit pas le champ : elle finit rarement lue.

Dans ces trois cas, l’heure passée à l’écrire serait mieux employée à lire l’offre de plus près, ce que nous détaillons dans notre article sur la manière de savoir si un poste vous correspond.

Quand elle change quelque chose

À l’inverse, il y a des situations où la lettre fait le travail que rien d’autre ne peut faire.

La première est celle du parcours qui ne se lit pas tout seul. Une reconversion, une longue interruption, un changement de secteur, un poste occupé très peu de temps : le CV pose la question, la lettre y répond avant que le recruteur n’ait à la poser. La deuxième est celle de la candidature spontanée, où il n’y a pas d’offre à laquelle se référer et où tout repose sur ce que vous écrivez. La troisième est celle du poste que vous voulez vraiment, où l’écart avec les autres candidats ne se fera pas sur l’expérience mais sur la précision de ce que vous avez compris de l’entreprise.

Dans ces trois cas, la lettre n’est pas une formalité. C’est le seul endroit où vous parlez en votre nom avant l’entretien.

Que mettre dedans, en trois paragraphes

Une lettre utile est courte. Trois paragraphes suffisent, et le plan est toujours le même.

Le premier dit pourquoi cette entreprise. Pas de compliment général sur sa réputation : une phrase sur ce que vous avez lu de sa façon de travailler, et ce qui vous y a arrêté. Le deuxième dit ce que vous apportez sur ce poste précis, en une situation vécue plutôt qu’en liste de qualités. Le troisième dit ce que vous venez chercher, ce qui est la partie que presque tout le monde oublie et celle qui intéresse le plus un recruteur sérieux, parce qu’elle lui permet de savoir si ce qu’il a à offrir correspond.

Illustration vectorielle en flat design sur fond divisé verticalement. Au centre, une pile verticale de formes géométriques. À la base, un rectangle jaune vif avec deux barres claires. Au-dessus, une grande surface blanche ornée de deux blocs rectangulaires violet clair, chacun contenant trois barres horizontales violet foncé de longueurs variables. Une fine ligne noire sépare le fond au centre et soutient la base jaune.

Écrivez-la après avoir relu l’offre, jamais avant. Et relisez-la en vous demandant si une autre entreprise pourrait la recevoir sans que rien ne cloche : si la réponse est oui, elle n’est pas prête. Le même principe vaut pour le CV, que nous traitons dans nos conseils de rédaction.

Ce qui la remplace quand elle n'est pas demandée

Quand aucun champ ne la prévoit, le besoin ne disparaît pas pour autant. Il se déplace, et il faut savoir où.

Illustration vectorielle en flat design de style éditorial sur fond divisé verticalement. À gauche, un rectangle blanc cassé est barré d'un simple trait oblique anthracite, signifiant l'ancien ou le refusé. De cet élément partent trois lignes courbes violettes qui se déploient vers la droite et se terminent par trois formes d'arrivée distinctes : en haut, un champ de formulaire rectangulaire allongé ; au centre, une bulle de message courte et arrondie ; en bas, deux minuscules silhouettes violettes assises face à face. Une seule de ces trois formes, le champ de formulaire du haut, est colorée en jaune vif. Les trois branches sont largement espacées pour une composition très lisible.

Il se loge d’abord dans les questions du formulaire de candidature, quand il y en a : ce sont elles qui remplacent la lettre, et les traiter en deux lignes expédiées revient à ne pas la rendre. Il se loge ensuite dans le message d’accompagnement, ce court texte que beaucoup de plateformes permettent d’ajouter et que peu de candidats remplissent — trois phrases y valent mieux qu’une page ailleurs. Il se loge enfin dans les premières minutes de l’entretien, où la question « pourquoi nous ? » arrive de toute façon. Nos questions sur les valeurs en entretien prolongent exactement ce moment-là.

 Sur nos offres d’emploi, ce que vous avez à dire ne tient pas dans un champ libre laissé au hasard : la candidature vous demande directement ce que vous cherchez et ce qui compte pour vous, parce que c’est ce dont l’entreprise a besoin pour décider avec vous et non à votre place.

La lettre de motivation n’est ni obligatoire ni morte. Elle est devenue ce qu’elle aurait toujours dû être : facultative, et décisive quand vous choisissez de l’écrire.

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